le spectacle

note d’intention
mardi 9 juillet 2019

C’est l’histoire d’Eliane, de Jeanne, de Corinne, de Mouton…
L’histoire des femmes et des mères dans la Résistance…

Libération avril 1945 :
Elles reviennent de Ravensbrück.
Libérées enfin elles sont accueillies à l’hôtel Lutétia à Paris avant de retrouver leur famille, leur maison.
Mais ont-elles encore une maison, une famille ?
Et l’angoisse des mères qui ont laissé de très jeunes enfants ? Elles sont dans une sorte de bulle ni dehors ni dedans mais dans cet entre-deux qui n’a pas de nom…
Elles se connaissent toutes, ont partagé leur misère humaine, elles n’ont pas besoin de se parler.
Elles sont vivantes et se demandent bien pourquoi…
Elles sont dans un état proche de l’égarement.

Mouton veut retrouver sa mère à tout prix et tant pis pour ce fiancé qui n’a pas voulu lui, s’engager dans la Résistance.

Eliane, elle, retrouve tous les siens mais elle ne peut parler, dire, raconter pour se libérer : personne n’a envie d’entendre…

Et Jeanne qui rentre seule sans sa petite sœur laissée là-bas pour toujours.

Premier Mai 1945…il neige à Paris.
Après son passage au Lutétia, Gisèle Guillemot, l’auteur de : « Elles…Revenir » rentre chez elle dans le Calvados.
Deux ans auparavant les cerisiers étaient en fleurs, elle était prisonnière, elle avait perdu beaucoup d’amis de son réseau … et son amoureux. Elle partait pour un long voyage en Allemagne, elle sera déportée à Ravensbrück.

Aujourd’hui c’est le retour, mais Gisèle n’est plus la même, chacune revient avec des souvenirs que ni les unes ni les autres n’exprimeront avec les mêmes mots « elle sait pourtant avec une absolue certitude que chacune de ses compagnes gardera dans le cœur jusqu’au bout de sa vie une secrète tendresse pour celle qui auront traversé l’Achéron ».

Un spectacle pour toutes celles qui n’en sont jamais revenues et à tous ceux qui n’ont jamais oublié mais aussi pour ceux qui ne savent pas, et ils sont légion.

Les récits sont contés, sobriété et vérité sont recherchées.
Prendre conscience des dégâts psychologiques de tout ce temps…
Les mots tombent un à un et l’histoire nous est révélée, troublante.
Musique, lumière, neige, visages…
Comment s’accrocher à la vie sinon par un léger vent poétique ?

Gisèle nous dit :

« J’aimerais que nos témoignages donnent aux adolescents qui les entendent de régir leur destin collectif, d’assumer leur responsabilité de citoyens, chacun avec sa particularité »

Reprendre ces écrits, porter cette parole à la scène, est un formidable moyen pour RACONTER et garder vivant ces témoignages magnifiques.
Oui, il faut bien que sachent, mais il faut que les adultes se souviennent et parlent.
Un micro-moyen d’agir, une goutte d’eau certes mais elle agira contre notre sentiment d’impuissance. Agir c’est comprendre, c’est chercher, c’est dire.

« Nous ne sommes libres qu’autant que nous agissons » Hannah Arendt

Laure-Marie Lafont 1er Juillet 2019.

Extrait : Eliane

« Eliane avait eu beaucoup de chance, dès son arrivée, elle avait été affectée à un des commandos les moins mauvais du camp, dit « de la fourrure ».
Le travail était harassant, mais au moins, se trouvait-elle à l’abri des intempéries.
Etant infirmière spécialisée en chirurgie, elle aurait préféré travailler au Revier, mais pour y obtenir un poste il fallait disposer de soutiens qui lui manquaient.
Néanmoins elle avait eu de la chance, elle n’avait pas attrapé la scarlatine, ni le typhus, elle n’était pas devenue tuberculeuse.
Au moment de l’effondrement du Reich, elle avait encore eu de la chance, elle n’avait pas été expédiée sur la route dans ces terribles convois mortifères. Elle avait été rapatriée gentiment par la Croix-Rouge internationale.
Décidément toujours chanceuse, elle avait retrouvé intacte toute sa famille et aussi son fiancé qui l’avait fidèlement attendues trois longues années.
Pour couronner cette veine, son réseau de Résistance avait été reconnu parmi les premiers à la Libération et homologuée comme lieutenant, elle avait touché un rappel de solde depuis son entrée en Résistance jusqu’à sa Libération : un gentil pécule !
Elle bénéficiait en outre d’une longue période de convalescence.
Elle avait vraiment de la chance.
Pourtant elle se sentait mal à l’aise, oppressée.
Il y avait trop de rumeurs, de lumières, un soleil insolent au-dessus d’une ville trop bruyante, et puis les gens, surtout les gens !...
Ils étaient si loin, ils ne lui semblaient pas réels.
Le soir, au cours du premier repas, sa mère s’étonna qu’elle fût tellement silencieuse.

Alors elle dit … »


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